Hier soir, Mixithé avec Elodie et les chiens. On a bu un Coca toutes les deux en discutant sur la terrasse, avec une assiette de tapas. Il faisait bon. Et là, je me suis rendue compte que c’était exactement ça, la magie de cette ville. Prendre un verre à la terrasse d’un restaurant/bar/bar à tapas, le soir, avec une femme rencontrée deux semaines plus tôt qui nous raconte sa vie en long en large et en travers, avec les chiens couchés à nos pieds. C’était simple, mais ça ne m’était jamais arrivé.
J’ai toujours bu un verre avec les amis des autres. Ou des copains de fac. Ou des rencontres programmées. Ou une copine que je connais depuis des années. Hier soir, j’ai bu un verre improvisé avec quelqu’un que je connais à peine mais avec qui je m’entends bien. Et la seule personne à qui je dois cette rencontre, c’est Mars. Pas un ami, pas un ami d’ami. Mon chien à moi. Mon bébé.
Et là où la magie de la ville a frappé plus fort encore, c’est quand un mec est venu taper la discute avec nous, s’est assis avec nous et a finalement passé le reste de la soirée avec nous parce qu’il connaît Elodie depuis plus de dix ans. Bon là, on revient au premier schéma de base : ami d’ami. Mais c’est pas grave ! Parce que ça me fait quand même plaisir et parce que ça ne m’arrive quand même jamais en vérité. Moi = pas d’amis. Et hier soir, c’était trois pour le prix d’un, puisque ce mec était venu pour boire un verre avec ses voisins. Donc les voisins se sont greffés à nous tout simplement et de deux, on est passé à cinq. On a énormément rigolé et j’ai passé une agréable soirée, ce qui était loin d’être mon programme de base vu le début de journée que je me tapais.
J’adore cette ville. J’adore cette ville. J’adore cette ville !
Quand j’étais petite et que j’y venais pour passer mes vacances d’été chez ma soeur, j’étais la plus heureuse des petites filles parce que j’adorais la vie de ma soeur. Enfin, l’idée que je me faisais de la vie de ma soeur. Parce qu’elle était loin d’être aussi rose que je l’imaginais, et qu’avec des yeux d’enfant tout paraît plus beau.
Je voyais ma soeur vadrouiller à droite à gauche pour boire un verre chez l’une, chez l’un, à tel bar avec telle personne, aller ici pour voir untel, et repartir ailleurs pour voir unetelle. Je buvais mon verre d’Ice Tea, qui me donnait irrépressiblement envie de faire pipi làmaintenantoutdesuitejenepeuxpasattendre, en écoutant les conversations d’adultes de ma soeur. Je ne comprenais pas leurs problèmes d’argent, de boulot, de mecs, de ragots, de potins, leurs peines, leurs joies. Mais j’étais là et j’étais autorisée à écouter parce que je ne caftais jamais aux parents qui m’envoyaient comme espionne (les pauvres, ils devaient être déçus !). C’était exactement la vie que je voulais mener, parce qu’elle me paraissait simple et en même temps remplie. Je savais que ma soeur ne faisait rien d’exceptionnel, mais elle était toujours en mouvement, avec plein de gens, et c’était ce que je voulais. Même ses ennuis me paraissaient cool. Je me disais : “moi aussi je veux avoir 20 ans !”
Je les ai maintenant, avec deux ans de plus. Et quand je vois ce que ça donne, la vingtaine, je me dis que je retournerais bien à cet âge-là, avec cette innocence-là. Je les ai les problèmes de mecs, les problèmes de thunes, les ragots, les potins, les peines et les joies. Ce n’est pas si excitant que ça en vérité.
Mais ici, dans cette ville, je retrouve un peu la magie de ce temps-là où je ne rêvais qu’à devenir ma soeur. Non je n’ai pas de boulot pour le moment, non je n’ai pas tout plein d’amis à voir, mais hier soir c’était un petit aperçu et c’était cool. Je ne veux pas de ça tous les jours, je me lasse trop vite. Mais de temps à autre, rencontrer des gens, m’entendre avec eux, leur faire signe dans la rue sans me souvenir de leur nom sans qu’ils se souviennent du mien, ça me ferait du bien. Surtout dans cette ville. Surtout après l’anonymat total des autres villes où j’ai vécu. Enfin, depuis que j’ai Mars, l’anonymat n’est jamais total, m’enfin…
Ici, c’est bien parti, et j’espère que le soufflé ne retombera pas.